dimanche 6 septembre 2009

Le Major

Un an que j’ai commencé ce blog, et l’idée, c’est le Major qui me l’a donnée. La première fois que j’ai rencontré le Major nous étions à l’ombre de grands pins dans le parc d’une villa romaine. La ville éternelle s’étendait autour de nous, la coupole de Saint Pierre resplendissait derrière la haie mais insouciant de ce cadre pourtant si vénérable un de nos futurs collègues débitait des blagues salaces en rafale, la bouche pleine de petits fours. Entre l’écoute d’une blague et l’autre nous allions découvrir que nous étions tous deux originaire de la même région reculée de France. L’Ardèche est ainsi faite que fatalement il connaissait l’un de mes cousins et je connaissais certains de ses anciens camarades de classe.
Pourtant au fil des mois ce ne fut pas cette origine commune et qui nous avait conduits si loin qui nous rapprocha, plutôt une même approche tout à la fois désinvolte et consciencieuse de notre mission professionnelle - conception dont nous allions très vite découvrir qu’elle était partagée en commun avec deux autres collègues GéoBoun et aKa - un goût prononcé pour le football (je parle des matchs, non du sport), partagé en commun avec les mêmes et une passion pour la vie errante. A l’heure où je vous parle j’aurais d’ailleurs bien du mal à vous dire où il se trouve. Suivre ses déplacements sur la carte du monde revient à faire une longue liste de villes prestigieuses, un peu comme font les marques de luxe : Rome, Dublin, Séville, Le Cheylard, Los Angeles, Varsovie …
Depuis les buffets continuent de se succéder à l’ombre des grands pins mais seul aKa en profite encore. Dernièrement le Major a repris ses valises, ça n’a pas l’air de l’inquiéter, où qu’il aille, pourvu qu’il y ait un pub avec écran géant et Madame Red à ses côtés, cela lui suffit pour sourire comme un enfant,même si parfois, suivant les résultats d'un match, il peut aussi être très en colère. Jusqu’à la pinte successive.

dimanche 30 août 2009

Salade de fruits

Depuis notre arrivée à Lima un certain nombre de fruits et légumes jusqu’ici inconnus ou exotiques sont devenus des incontournables de nos repas. Chaque matin je mesure le chemin parcouru quand je discute comme un maraîcher avec ma marchande de fruits favorite. Nous avons tous développé des dépendances plus ou moins sérieuses et faire le réapprovisionnement quotidien revient à ne rien oublier des préférences de chacun. Dans mon cas le problème se situe au niveau de la palta (soit l’avocat). Au début ça a commencé par un de temps en temps, puis je suis vite passé à un par jour, actuellement cette dose me suffit à peine et de plus en plus souvent il m’en faut 2 par déjeuner pour être satisfait. Malheur à moi si j’oublie une chirimoya (soit l’anone) car La Reine ne me le pardonnerait pas. Il s’agit d’un fruit dont la description n’est pas aisée, mais dont la découverte ne laisse personne indifférent. La définition la plus juste revient sans doute à une copine, Laurence : « c’est le fruit qui ressemble le plus à un bonbon ». Principessa, elle, carbure au platano (soit la banane). Rien à voir avec celles qu’on peut manger en Europe, il en existe ici pour tous les goûts, petites, grandes, vertes… et Principessa se plaît à toutes les essayer. Quant à Ze King, il a un penchant avéré pour la granadilla (soit la granadilla), sorte de fruit de la passion qui se présente comme une boule de Noël orangée et qu’il faut décortiquer pour croquer les pépins pleins de saveur, ce qui satisfait pleinement son plaisir animal à manger avec les mains et sans égard pour les règles élémentaires de la table.



Bien sûr il y a aussi ceux qui mettent tout le monde d’accord, le mango (soit la mangue) et la piña (soit l’ananas) rentrent dans cette catégorie, tout comme la maracuyá (soit la maracuya) qui sert à préparer les meilleurs jus de fruits du monde. Et puis il y a aussi les mal-aimés, on y a mis de la bonne volonté mais rien à faire avec la papaya (soit la papaye).



A l’occasion de notre séjour européen pour Noël, Ze King était tout heureux de détailler, sous l’œil médusé des clients qui semblaient s’interroger sur l’identité de cet enfant, le pauvre panier de fruits exotiques exposé pour les fêtes au rayon fruits et légumes du Auchan familial. J’ai eu un peu de mal a lui expliquer que les tarifs n’étaient pas tout à fait les mêmes et je n’ai pas voulu lui rappeler qu’un jour il n’y aurait plus de mango ni de granadilla pour le repas.




mercredi 19 août 2009

L'ivresse des cimes

Le sang tape dans mes tempes, de vagues nausées tournoient dans mon estomac, chaque pas coûte un essoufflement asphyxiant et mon cœur semble prêt à exploser, nul répit cette nuit, je sais déjà que je ne trouverai pas le sommeil, c’est toujours comme ça que ça se passe pour moi quand j’arrive brusquement en altitude, soit au-dessus de 3.500 mètres. La Reine fait la même tête que moi en descendant de la voiture qui semble être devenue l’instant d’un trajet un avion : passage du niveau de la mer à 4.200 mètres d’altitude en 2 heures de route, on risquait pas d’encaisser de G vu le pourcentage de la pente mais un bataillon de globules rouges en renfort ne serait pas de trop pour faire à nouveau circuler l’oxygène à suffisance. Heureusement les enfants s’adaptent plus vite paraît-il, en tous cas cette fois-ci ils n’ont pas vomi, c’est bon signe. Après 7 heures de voiture Ze King entreprend de se défouler par quelques courses vite interrompues, le malheureux s’assoie hoquetant, les jambes coupées nettes, consterné par son incapacité à gambader. On a beau avoir lu Frison-Roche, tant qu’on en a pas fait l’expérience une fois on n’a guère idée de ce que peut signifier cette sensation désagréable qui s’atténue en général après un jour, lorsque l’organisme est acclimaté. Les employés de l’hôtel blablatent en quechua et doivent doucement rigoler devant ce gringo qui fait trois fois leur taille mais qui tient à peine debout et résulte incapable de porter son sac de voyage. Quelques litres de mate de coca plus tard on a retrouvé des couleurs et on peut finalement lever les yeux sur le paysage autour de Huaraz: la Cordillère blanche, le massif montagneux austral le plus élevé, s’enflamme sous les couleurs du coucher de soleil, de quoi couper le souffle si jamais on en avait encore en réserve. Les cimes miroitent là-haut entre 6.000 et 7.000 mètres d’altitude et je repense à mes vacances d’enfance dans les Alpes, lorsqu’une randonnée à 3.000 constituait le clou du séjour.





Passés les malaises initiaux, il suffit par contre de quelques jours à ces hauteurs pour se sentir fin prêt à battre le record de l’heure, on déborde d’énergie même si la moindre petite balade fait tout de suite prendre la mesure de ses limites physiques. Une fois acclimatés, on se décide pour un pique-nique en solitaire et sans oxygène à 4.600 mètres, en face d’un glacier comme on en voit d’habitude sur les cartes postales. Notre carro nous conduit avec peine jusqu’à un sentier qu’il faut parcourir pour mériter le luxe de la vue sur le glacier, il crache, fume, hoquète autant que nous pour les derniers mètres d’ascension. Là-haut quelques Belges traînent à la recherche d’un hypothétique refuge pour passer la nuit, on leur propose de les raccompagner mais ils déclinent l’offre, préférant sans doute dormir à l’abri d’une roche par des températures polaires, c’est vrai que la montagne est belle, mais il y a des limites je trouve. Soudain un bruit attire notre attention, un moteur semble se rapprocher et nous voyons apparaître au détour d’un virage un combi, on se croirait l’espace d’un instant dans les rues de Lima, sauf que nous sommes sur une route de montagne escarpée, loin de tout ce qui ressemble à une ville…Il se rapproche, à l’intérieur des campesinos au visage impassible, en route pour je ne sais où. Il passe devant nous, je remarque les pneus lisses; le chargement cubiste brinquebale sur le toit pendant que le moteur patine un peu à la sortie du virage mais il continue sa route, sautillant sur les cailloux. Je demande à un gardien de la Réserve naturelle qui assiste sans broncher à la scène où se rend ce véhicule, « par-là » m’indique-t-il en désignant vaguement de la main des cimes enneigées qui émergent à travers de sombres nuages. Devant mon étonnement il précise qu’il y a un col à 5.000 qui permet de descendre sur l’autre vallée. Ou vers la mort je me surprends à penser, car il ne passe pas un jour ici sans qu’un transport en commun ne finisse au fond d’un précipice tuant une dizaine de passagers à chaque fois.





Celui-là est bien arrivé, j’ai vérifié le lendemain dans le journal, c’est notre carro en revanche, normalement taillé pour ce genre de trajets, qui nous a laissés en rade sur la route du retour à Lima. Par chance, on se trouvait à une dizaine de kilomètres d’un pueblo où on a pu faire une réparation de fortune, mais il a fallu rouler doucement, et même les combis nous doublaient et filaient sans problème vers les cols...


mardi 4 août 2009

Vacaciones

Vacances. C'est la mode du moment. Tout le monde en prend, alors ce n'est pas parce que je ne travaille pas que je devrais me priver pour autant, non?

mercredi 15 juillet 2009

Despedida

Soirée d'adieux. En ce moment elles se succèdent à un rythme effrené, semaine après semaine on regarde partir nos meilleurs amis, leurs avions disparaissent dans la brume de Lima et nous restons longtemps à regarder le ciel et à contempler la désertification sociale qui prend une ampleur inquiétante autour de nous. D'autres arriveront, sont déjà là, de nouvelles connaissances, des histoires différentes, des numéros de téléphone encore.

Un an seulement et nous sommes des vieux de la vieille ici, on nous appelle pour des tuyaux sur un mécanicien ou un conseil sur des hôtels à Cusco. Ce qu'on faisait nous-mêmes il y a seulement quelques mois. Puis d'un coup on se retrouve de l'autre côté de la barrière, chez ceux qui savent. On se rend compte avec La Reine qu'au fil des déménagements on a mis en place un protocole d'installation de plus en plus complet et de plus en plus rapide. Il nous suffit de quelques mois pour maîtriser une base de données essentielle à la survie d'une famille en contexte hostile (médecins, garage, banque, technicien pour la machine à laver...). Tout un précieux bagage qui disparaît à la transhumance successive et qu'il faut patiemment reconstruire. Ce qui attend nos amis dans leurs prochaines destinations et finira fatalement par nous arriver. Personne ne se plaint, au contraire je crois même qu'au fond, tous ceux qui ont choisi cette vie-là carburent à ça, à l'ivresse du changement.

Alors on est content pour eux, voire même un peu jaloux, comme des enfants qui assistent à l'anniversaire de leur meilleur copain. La vie les emporte vers Genève, Grenoble ou Sarajevo, des destinations exotiques après plusieurs années d'errance au quatre coins du monde. La vie les emporte, et avec eux l'intimité de nos relations. A moins d'un hasard improbable, nous ne vivrons sans doute jamais plus à proximité, les enfants grandiront et un jour on leur racontera des souvenirs dont nous serons les seuls à nous rappeler. Ici on dit: "c'est la vie!".

samedi 11 juillet 2009

Mil seiscientos veinte y dos

Mille six cent vingt-deux. C'est la place occupée par Principessa dans les statistiques sur la diffusion de la grippe A H1N1 au Pérou.
Et dire que quand on est papa, on rêve toujours que ses enfants soient les premiers.

samedi 4 juillet 2009

Doce


Douze. Prononcer "daussé", entre douces et passées, comme les années avec La Reine.