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dimanche 30 août 2009

Salade de fruits

Depuis notre arrivée à Lima un certain nombre de fruits et légumes jusqu’ici inconnus ou exotiques sont devenus des incontournables de nos repas. Chaque matin je mesure le chemin parcouru quand je discute comme un maraîcher avec ma marchande de fruits favorite. Nous avons tous développé des dépendances plus ou moins sérieuses et faire le réapprovisionnement quotidien revient à ne rien oublier des préférences de chacun. Dans mon cas le problème se situe au niveau de la palta (soit l’avocat). Au début ça a commencé par un de temps en temps, puis je suis vite passé à un par jour, actuellement cette dose me suffit à peine et de plus en plus souvent il m’en faut 2 par déjeuner pour être satisfait. Malheur à moi si j’oublie une chirimoya (soit l’anone) car La Reine ne me le pardonnerait pas. Il s’agit d’un fruit dont la description n’est pas aisée, mais dont la découverte ne laisse personne indifférent. La définition la plus juste revient sans doute à une copine, Laurence : « c’est le fruit qui ressemble le plus à un bonbon ». Principessa, elle, carbure au platano (soit la banane). Rien à voir avec celles qu’on peut manger en Europe, il en existe ici pour tous les goûts, petites, grandes, vertes… et Principessa se plaît à toutes les essayer. Quant à Ze King, il a un penchant avéré pour la granadilla (soit la granadilla), sorte de fruit de la passion qui se présente comme une boule de Noël orangée et qu’il faut décortiquer pour croquer les pépins pleins de saveur, ce qui satisfait pleinement son plaisir animal à manger avec les mains et sans égard pour les règles élémentaires de la table.



Bien sûr il y a aussi ceux qui mettent tout le monde d’accord, le mango (soit la mangue) et la piña (soit l’ananas) rentrent dans cette catégorie, tout comme la maracuyá (soit la maracuya) qui sert à préparer les meilleurs jus de fruits du monde. Et puis il y a aussi les mal-aimés, on y a mis de la bonne volonté mais rien à faire avec la papaya (soit la papaye).



A l’occasion de notre séjour européen pour Noël, Ze King était tout heureux de détailler, sous l’œil médusé des clients qui semblaient s’interroger sur l’identité de cet enfant, le pauvre panier de fruits exotiques exposé pour les fêtes au rayon fruits et légumes du Auchan familial. J’ai eu un peu de mal a lui expliquer que les tarifs n’étaient pas tout à fait les mêmes et je n’ai pas voulu lui rappeler qu’un jour il n’y aurait plus de mango ni de granadilla pour le repas.




lundi 29 juin 2009

Jonas Brothers


Qui sont-ils? Un groupe musical composé d'un trio de frères américains illuminés par la grâce évangeliste. Que font-ils? Une musique insipide, inodore, incolore qui rend hystériques les jeunes filles de tous horizons. Où sont-ils? A l'hôtel Marriott, juste derrière chez moi.

Jusqu'à il y a quelques jours je vivais heureux sans suspecter l'entrée fracassante de ces gentils garçons dans ma vie. Et puis un beau matin nous avons été réveillés avec La Reine par des hurlements et des acclamations. Nous nous sommes interrogés : une classe en sortie scolaire? Pour voir la mer? Difficile à imaginer...La célébration d'un anniversaire? Les Péruviens en raffolent, mais à 7.00 du matin difficile à imaginer...Une manifestation? Probable par les temps qui courent mais difficilement imaginable dans notre quartier-vitrine de Lima. Tout simplement les Jonas Brothers débarqués dans la nuit au Marriott et acclamés par des dizaines de fans dès l'aube. Tout ça je ne l'ai compris que plus tard dans la matinée, quand les groupies étaient devenues tellement nombreuses qu'elles gênaient la circulation et les hurlements avaient pris une telle intensité qu'ils donnaient l'impression de vivre en permanence sur les tribunes d'un stade. Je me suis risqué dans la rue jusqu'au premier policier pour éclaircir ce mystère. Celui-ci m'a bafouillé un nom que je lui ai fait répété 3 fois avant de céder devant son regard incrédule dans lequel se lisait tout son mépris pour le pauvre arriéré que j'étais. Je m'en allais penaud sous le poids de mon ignorance lorsque par chance j'aperçus une voiture décorée à l'effigie des 3 frères dont je pus enfin découvrir l'identité et les visages angéliques.

A ce moment de ma découverte je ne me doutais pas que cela ne faisait que commencer. Pendant 3 jours des jeunes filles pré-pubères assiégèrent l'hôtel. En effet, les 3 garçons en question n'ont rien trouvé de mieux pour faire parler d'eux que de se faire passer pour des saints: ils ne boivent pas, ne fument pas et ne baisent pas en témoignage de leur foi d'illuminés, ce qui a aussi le mérite publicitaire de bien plaire aux jeunes filles. Par contre ils emmerdent beaucoup tous les voisins des hôtels où ils résident et ça je ne sais pas si le bon Dieu est prêt à le leur pardonner.

Nous avons vu passer Georges Bush, l'équipe d'Argentine et Miguel Bosé, mais jamais cela n'avait entraîné des débordements et des scénes d'hystérie collectives telles que celles qui se sont déroulées pour eux. Les filles étaient là dès les premières heures du jour, entonant des coeurs sirupeux et scandant leur nom à longueur de journée. La sortie d'un quelconque client de l'hôtel (dans la mesure où ce statut est possible au Marriott) donnait lieu à des poussées hystériques pouvant atteindre des aigus étonnants. Pour des raisons indéterminées et à un rythme régulier des courses folles se déclenchaient autour de l'hôtel, tout le monde se bousculait, traversait l'avenue qui sépare l'hôtel de la mer au risque de se faire renverser pour constater qu'il n'y avait rien d'autre à voir qu'une employée terrorisée qui finissait son service sous les hourras, alors de frustration ils entamaient un petit refrain puis quelques instants plus tard la même scène recommançait à un autre angle de l'hôtel.

Au début tout cela m'amusait. Les jours suivants un peu moins, et quand au matin du troisième jour les frères Jonas s'en sont repartis, j'étais tout seul à ma fenêtre pour leur souhaiter de rencontrer une grosse baleine sur leur trajet.

vendredi 29 mai 2009

Il pleut sur Lima

Il pleut sur Lima
la grisaille pèse sur la ville
Il pleut sur Lima
une vague crache son écume
Il pleut sur Lima
quelqu’un vaporise depuis là-haut
dans la Sierra
Il pleut sur Lima
et le nom scientifique est
garúa

De la buée brillante
sur les trottoirs
comme un parquet bien ciré
Une fumée transparente
de la cendre mouvante
une constellation sur les vitres

Des gouttes ?
Dans le nez de Principessa, enrhumée
Des gouttes ?
De Pisco Sour sur une table mal réveillée
Des gouttes ?

Il ne pleut jamais
sur Lima

vendredi 22 mai 2009

Polvos azules

La première fois que j'ai entendu ce nom si poétique, Poussières bleues, j'ai eu du mal à l'associer à la réalité qu'il était censé représenter d'après les propos de mon interlocuteur, un chauffeur de taxi enthousiaste. Le lieu, autant que l'image, m'ont longtemps fasciné avant que, familiarisé un peu avec Lima, je décide de m'y rendre. Pour cela il faut emprunter la Via expressa, une sorte d'autoroute située dans un fossé qui taille la ville en deux, dictant la dénomination est ou ouest aux grandes artères selon qu'elles se trouvent à droite ou à gauche du lit de ce flot continuel de véhicules.
Polvos azules se trouve à la fin de la Via expressa, en arrivant dans le centre, à la limite des zones définies fréquentables, quelques rues derrière commence La Victoria, un quartier où contrairement à son nom, on peut tout perdre très vite. De bleu, la couleur de l'édifice, un grand bloc à mi-chemin entre le centre commercial et le parking souterrain; de la poussière il y en aussi, sous forme de suie déposée par la pollution; de féérique à l'image du nom, rien. Ici ce n'est plus la vie artificielle des beaux quartiers, les odeurs de nourriture cuisinées dans la rue sont insistantes, le bruit de la circulation assourdissant, la saleté est bien perceptible et moi aussi au milieu de cette population où le blanc fait tache.
Il faut d'abord s'enfoncer dans le dédale de galleries débordant de vêtements et chaussures pour arriver à ce que l'on cherche au sous-sol et qui fait la réputation du lieu. Polvos azules est en effet le plus grand marché bleu du film pirate en Amérique du sud. Des dizaines de stands se succèdent sur fond d'extraits de films, de bandes-annonces, de musiques crachés à plein volume pour créer une cacophonie filmographique. On trouve tout à Polvos azules dit la légende, et c'est assez proche de la réalité, la plupart des stands proposent des catalogues très professionnels: nouveautés, blockbuster, dessins animés... d'autres sont spécialisés: classiques, séries, X, jeux vidéos...Une petite société gravite autour de cette activité illégale, certaines allées sont consacrées aux éditeurs de jaquettes, d'autres aux revendeurs de DVD vierges, mais pour acheter des boitiers il faut changer de stands.
Quand on est là, il n'y a qu'à faire son marché, la qualité est généralement très bonne et garantie sur remboursement si vous êtes capable de retrouver le stand où vous avez fait vos achats. Ayant épuisé notre dernière cargaison nous y avons fait un tour ce matin avec La reine. On se laisse vite déborder, entre tous les films qu'on a ratés pour une raison ou une autre au cinéma, le désir de La Reine de revoir des Fellini, l'envie subite de me faire à nouveau la première saison des Soprano, quelques films pour les enfants, et ça on l'a jamais vu...bref on est ressorti avec 48 films. Pour 40 euros, le prix de deux en Europe, et encore, en promotion. Bien sûr tout cela pose un tas de questions éthiques, culturelles, économiques mais une chose est sûre, à ce prix là, le Pérou n'est pas prêt d'avoir une loi Hadopi. Non croyez-moi, le vrai problème c'est plutot de trouver le temps de tout voir.

vendredi 8 mai 2009

Petite géographie portative

Je suis souvent désorienté par ce pays où la Côte d'Azur se trouve à l'extrême nord, où les éternels ennemis de cent ans et plus vivent au sud, où quand on parle de fôret on entend tropicale, où la plage est un désert - un vrai et au sens propre, où les routes de montagnes passent par des cols bien plus hauts que le Mont Blanc, où le patois est du quechua, où les chèvres sont des lamas, où la capitale est bordée par un océan qu'on ne voit pas pendant la moitié de l'année, où le long de la côte la pluie ne tombe jamais droit mais stagne horizontale, où nous continuons à vivre après un an comme des explorateurs.

jeudi 20 novembre 2008

Sleeping with Bush


Demain soir en allant me coucher, si j’avais regardé par ma fenêtre, j’aurais peut-être pu apercevoir votre profil derrière une des vitres de l’hôtel Marriot qui se trouve juste en face de mon lit. Il est vrai que vous êtes encore important si j’en crois le déploiement de policiers et militaires en tous genres qui ont bouclé le quartier, obligeant Principessa à renoncer à monter sur son vélo à force de devoir éviter les barrières et les chiens. Toutefois vous n’avez peut-être pas fait suffisamment de conneries à l’échelle planétaire car votre existence est loin d’être une évidence aux yeux d’un enfant, comme Ze King par exemple : « Mais c’est qui Bush ? » « Le président des Etats-Unis » « c’est pas Obama ? » « … » .

Demain soir en allant me coucher j’aurais peut-être pu vous écouter ronfler, mais franchement j’ai mieux à faire. Demain, quand vous arriverez dans votre hôtel que vous avez fait vider de tous ses employés, je serai moi aussi à l’hôtel. A Arequipa, la ciudad blanca, à plus de mille kilomètres dans le sud du Pérou, et samedi quand vous prendrez la parole pour une de vos dernières interventions internationales, je ne pourrai pas vous écouter car je serai à Chivay, dans le canyon le plus profond du monde.

Goodbye Mr Bush.

mercredi 15 octobre 2008

Déserts



Nous revenons de passer quelques jours dans le désert. Une forme d’hommage intime à Le Clezio, au Petit Prince ou à Capdevielle peut-être qui ont tous trois, et sur des modes différents marqué ma jeunesse. Plus simplement, je crois, un attrait irrésistible que cet espace si vide où l’on se sent si plein exerce sur moi.




Pour aller dans le désert il suffit de quitter Lima. Dans cette ville trépidante de plus de 8 millions d’habitants, au climat humide et grisâtre, à l’urbanisation sauvage et galopante, on oublie très facilement de se trouver en plein désert, pourtant il s’agit après Le Caire de la plus grande ville au monde construite dans le désert.

En ville cependant pas un grain de sable, le jaune n’existe que sur les taxis les plus officiels et le soleil ne se voit jamais, mais si on prend la direction du sud, ou du nord, après quelques interminables kilomètres au milieu de périphéries miséreuses, les baraques des derniers arrivants s’espacent lentement, leur densité ne suffit plus à recouvrir chaque mètre carré de terrain en une accumulation cubique, elles finissent par se concentrer sur la bande côtière et le sable apparaît. Pour ne plus disparaître.



Le désert surgit aussi soudainement que la ville, les tous derniers abris de fortune sont de frêles constructions de tôle et de carton plantées dans le sable des premières dunes. Puis c’est le désert. Comme tous les déserts, un désert habité. Des femmes et des enfants, surgis de nulle part, attendent patiemment sur le bord de l’autoroute un autobus qu'eux seuls parviennent à identifier parmi les dizaines qui parcourent en tous sens la Panamericana. Des groupements de baraques fantomatiques et multicolores trônent au milieu de plaines infinies. Un homme absorbé, marche, le long de la route, vers Dieu sait où dans un espace soudainement devenu immense. Sur des centaines de kilomètres ce paysage s’enchaîne, monotone et fascinant à la fois.




Quand on rentre à Lima, on revient du désert, et cela semble aussi irréel que si on rentrait d’une balade sur la lune.





jeudi 11 septembre 2008

Le sauveur de la patrie

Le Pérou est un pays confronté à de sérieux problèmes : pauvreté, inflation croissante, délinquance juvénile, inégalités sociales, pollution…

Mais aujourd’hui le Pérou est heureux car il a un sauveur, quelqu’un qui ne le laissera jamais seul, et qui viendra, à tous moments redonner le sourire à un peuple entier.

Ce héros s’appelle Juan Manuel Vargas, défenseur latéral gauche de l’équipe nationale de football.


samedi 6 septembre 2008

Zona segura...?


Comme les drapeaux péruviens, cela aussi on le rencontre partout en ville, mais à l'intérieur des bâtiments cette fois-ci. Si jamais ça devait arriver, pensez à vous réfugier ici, ce n'est pas d'une grande utilité, il n'y a aucune garantie, mais ça peut réconforter et on se sentira moins seuls.

lundi 1 septembre 2008

Découvrir Lima

Quel rapport me direz-vous? Ouvrez votre moteur de recherches sur internet et essayez donc de trouver des images de Lima comme je l’ai fait dès que nous avons connu notre nouvelle destination. Voici très probablement les premières impressions de la ville que vous aurez.

lundi 25 août 2008

Orgueil national



Le drapeau du Pérou, source d’orgueil national. Difficile de ne pas le remarquer, à Lima, comme chez nous. En ville, il trône sur quasiment tous les édifices où sa présence est obligatoire lors des festivités nationales, sous peine d’amende! Chez nous il recouvre une bonne partie du frigo depuis que Ze King à la manie de dessiner des drapeaux.


Cette omniprésence me fait curieusement penser qu’il n’y a guère qu’au Danemark où j’ai vu une telle propension au déploiement de drapeaux. Là-bas ce motif décoratif semble très apprécié et chacun en plante un dans son jardin. Toutefois, si ce n’est pour l’association des couleurs rouge et blanche, le rapprochement se termine là.