mardi 24 novembre 2009

Piojos

Poux. Et je ne vous dis que ça.

jeudi 19 novembre 2009

Empate

Match nul. Mais alors vraiment nul, et carrément honteux même dans le cas de la France.

lundi 9 novembre 2009

Si loin chez soi

Il y a des gens qui rencontrent des lieux comme ils rencontreraient une personne. Un coup de foudre. De ceux pour lesquels on fout tout en l'air et on suit son instinct, parce qu'on sait que c'est lui, que c'est elle, que c'est là .

Pourtant c'est pas facile au début d'apprendre à vivre ensemble quand rien ne les prédistinait à se rencontrer. Des incompréhensions, le découragement, les illusions s'en vont un peu, l'amour au quotidien remplace le feu de la passion, mais rien n'y change.

On les regarde souvent bizarrement, un peu comme des illuminés. Les gens du lieu ne donnent pas cher de leur resistance, ils s'en iront comme ils sont arrivés, de nulle part. Puis le temps passe, on commence à les considérer, à leur parler, finalement ils sont moins barjots qu'on croyait, ils apportent même du boulot, et des touristes. Alors ils deviennent franchement intéressants, on finit par les adopter et par les appeler par leur prénom.

Moi ils continuent à me fasciner, même longtemps après les avoir rencontrés brièvement. Ils ont traversé le monde pour se sentir chez eux là où ils sont d'ailleurs. Ils ont la grâce de ceux qui ont trouvé, la sérénité de ceux qui savent et l'assurance de leur bonheur contagieux.

Avec La Reine on se dit que ça doit être possible alors, puis on repart.

Jolanda est hollandaise. Un beau jour elle a tout quitté pour venir s'occuper des enfants des rues à Cusco. En quelques années elle a mis sur pied, avec eux, pour eux, 2 des hotels les plus accueillants du nombril du monde, une école, des réfectoires et j'en passe.

Ninos Hotel, Cusco: http://www.ninoshotel.com/

Walter est suisse, un beau jour il a tout quitté pour venir s'installer à Iquitos. Quand Werner Herzog a voulu tourner Fitzcarraldo, c'est à lui qu'il a fait appel pour en être le producteur exécutif. Sans sa débrouillardise, sa connaissance des lieux et des personnes, auxquelles il faut ajouter sa patience pour supporter cet allumé de Klaus Kinski, le film n'aurait jamais pu être fini. Sa maison est un des lieux les plus agréables de la ville, quant à sa piscine, Ze King pourrait vous en parler des heures

La Casa Fitzcarraldo, Iquitos :
http://lacasafitzcarraldo.googlepages.com/

Diana et Wayne sont canadiens, après plusieurs années en Colombie, un beau jour ils ont tout quitté pour venir s'installer à Huaraz, dans la cordillère blanche. Petit à petit ils ont construit un lodge complétement écologique en pleine montagne, là-haut c'est le royaume des chevaux et Principessa en parle encore.

The Lazy Dog inn: www.lazydoginn.com


Charlie est anglais. Un beau jour il a tout quitté pour venir planter sa tente en face du Huascaran, le géant des Andes qui culmine à 6.700 mètres d'altitude. Il est resté 6 mois sur cette lande déserte avec pour seule compagnie ce panorama et une famille miséreuse de campesino. Le temps de se convaincre que c'était là qu'il voulait tenter le coup de construire un hôtel. Quand on voit le lieu, je peux vous garantir que le moins que l'on puisse penser c'est que c'était pas gagné d'avance. Aujourd'hui s'y trouve un des lodges les plus confortables des Andes et Charlie a des idées plein la tête.

Llnaganuco Lodge: www.llanganucolodge.com

lundi 26 octobre 2009

Le cri de la jungle

Iquitos, Amazonie péruvienne. Comme une île, aucune route ne la relie à la civilisation. Perdue au milieu de la végétation, on ne peut y arriver qu'en avion, ou en bateau après des jours de navigation. On est venu voir la jungle, les animaux, les tribus...on tombe sur une ville trépidante de 500.000 habitants, où 50.000 motos-taxis pétaradent à longueur de journée et de nuit, où les magasins placent les amplis sur les trottoirs pour couvrir le bruit de la circulation, où il faut hurler pour parler.

La ville la plus bruyante du monde au milieu du silence. Partout le vert infini strié de longues rainures marron, à toute heure, le cri de la jungle, enfin entendu.

mercredi 7 octobre 2009

Luna

Vitre. Un des premiers mots que j'ai appris en espagnol. Il faut dire que la fâcheuse tendance des chauffeurs de taxi à rouler en toute saison avec les vitres ouvertes vous oblige très vite à maîtriser une phrase du type: "Pouvez-vous fermer la vitre s'il vous plaît?". Les linguistes admettront que cela n'est pas si simple que ça semble et qu'une telle phrase recèle en fait d'apprentissages lexicaux, morpho-syntaxiques et pragmatiques de haute volée. Essayez avec le polonais ou le bosniaque par exemple.

Si j'y repense c'est parce que j'ai davantage pris le taxi ces derniers jours et je balance dorénavant ma phrase comme une routine tout en fermant machinalement la sécurité des portières.

Si j'y repense aujourd'hui c'est parce que maintenant je sais que c'est également un très beau prénom, de ceux que les Péruviens n'utilisent plus et qu'avec La Reine nous nous défendons de vouloir utiliser un jour.

Si j'y repense c'est aussi que je vais bientôt revoir la lune, la vraie, avec les étoiles et le ciel. On quitte Lima pour quelques jours. A ce qu'il paraît on peut observer une grosse boule de feu dans le ciel à Trujillo et nous sommes curieux de cet étrange phénomène astronomique qui ne se manifeste plus ici depuis 6 mois.

Si j'y repense c'est parce qu'en ce moment Objectif lune est devenu la dernière obsession tintinophile de Ze King.

Si j'y repense c'est parce que depuis un beau jour à Côme, Le Cantique des Créatures, San Francesco et Mirò m'ont fait ressentir une émotion étrange malgré mon incompétence ontologique pour la foi. Ou peut-être à cause d'elle.

Et puis sinon, j'ai toujours été un peu dans la lune, un espace comode qui permet de voyager à moindre frais.

Laudato sii, o mio Signore,
per tutte le creature,
specialmente per messer Frate Sole,
il quale porta il giorno che ci illumina
ed esso è bello e raggiante con grande splendore:
di te, Altissimo, porta significazione.

Laudato sii, o mio Signore,
per sora Luna e le Stelle:
in cielo le hai formate
limpide, belle e preziose.



Laudato sii, o mio Signore, per frate Vento e
per l'Aria, le Nuvole, il Cielo sereno ed ogni tempo
per il quale alle tue creature dai sostentamento.

Laudato sii, o mio Signore, per sora Acqua,
la quale è molto utile, umile, preziosa e casta.



Laudato sii, o mio Signore, per frate Fuoco,
con il quale ci illumini la notte:
ed esso è robusto, bello, forte e giocondo.

Laudato sii, o mio Signore, per nostra Madre Terra,
la quale ci sostenta e governa e
produce diversi frutti con coloriti fiori ed erba.

vendredi 25 septembre 2009

Nombre

Nom en général ou prénom plus spécifiquement. A ne pas confondre avec nombre qui se dit numero. Même si au Pérou les prénoms sont parfois un sacré spectacle. La législation est plutôt permissive en la matière, ce qui associé à l’ignorance vous autorise à appeler votre enfant Caracas ou Hitler. Bien sûr ces exemples sont rares et sortent sur la presse, faisant marrer tout le monde au lieu de s’interroger sur une éventuelle réforme sur le sujet.

Si la tradition espagnole et quechua regorgent de prénoms plutôt mignons, les choix parentaux semblent cependant s’orienter vers des options plus exotiques et euphoniques caractérisées par une propension notable à la déformation orthographique. Toutes sortes de variantes s’affichent à l’arrière des taxis et des combis en de touchantes dédicaces des chauffeurs à leur progéniture et les longs embouteillages matinaux me donnent l’occasion de curieuses découvertes phonologiques.

Plusieurs tendances existent mais celle américaine semble attirer le plus de suffrages. Voici, à titre d’exemples quelques idées qui pourraient se révéler précieuses pour des parents désemparés : Jackline , Estephanny , Jhon, Emilith, Perl, Kiara. Le courant messianique est également assez bien représenté. Lointain rayonnement de son aura, Jean Paul II aura ainsi légué une génération de Jean au Pérou. Curieusement ce prénom y est rarement transcrit sous cette forme mais avec d’innombrables variantes qui comportent toutes la curieuse exigence du H comme trace, sans doute, d’un supplément de grâce attaché à sa provenance céleste: Jhean, Jeanh. Parfois cela culmine en l’apothéose d’un Jhean Paulo mêlant sans scrupule langues, sons, immanence et transcendance.

Depuis quelques temps une préoccupation me trotte dans la tête. Partout où nous allons des femmes s’approchent de Principessa, caressent ses cheveux, émerveillées, et demandent comment elle s’appelle. Elles font répéter plusieurs fois, puis se le répètent pour elles-mêmes. Au début je trouvais ça touchant, maintenant je commence à me demander si nous ne sommes pas en train de laisser partout dans les Andes les traces d’un étrange prénom aux graphies improbables, qui trônera bientôt à l’arrière des taxis, attirant le regard curieux d’un touriste de passage.

vendredi 11 septembre 2009

VRAE

Valle de los rios Apúrimac y Ene. On utilise peu de sigles au Pérou, les surnoms y sont beaucoup plus fréquents pour désigner aussi bien les personnes, les lieux que les administrations. Pourtant celui-ci est un des rares qui occupe en permanence les débats politiques et journalistiques ces derniers temps. C’est que pour une fois le Pérou est premier. Toutes les statistiques et études internationales viennent en effet de consacrer le Pérou comme premier producteur mondial de cocaïne. La lutte est serrée avec la Colombie qui conserve le titre de premier exportateur mondial, mais de peu, et vu l’inertie politique locale il y a fort à parier que le Pérou remportera cette nouvelle couronne la saison prochaine.

Cette victoire, le Pérou la doit essentiellement à une région difficile d’accès dans la sierra centrale, sur le versant amazonien : la Valle de los rios Apúrimac y Ene précisément qui a su en quelques années devenir la région du monde avec la plus forte production de feuille de coca par Km2. Il faut tout de même avouer que cette zone n’a pas eu a faire trop d’efforts, elle cumulait scandaleusement tous les avantages : climat parfait pour la culture de la coca, isolement géographique, abandon total des pouvoirs publics, abri des derniers senderistes, taux de pauvreté et d’analphabétisme record et désintérêt général pour le destin de ses habitants. Avec autant de facilités, triompher n'a aucun mérite vraiment. Ainsi, pendant que les Américains concentraient tous leurs efforts en Colombie, le VRAE travaillait avec discrétion pour porter enfin le Pérou sous le feu des projecteurs, à la place qu’il mérite de l’avis de tous ses dirigeants: la première. Sauf que maintenant qu’ils sont premiers, ils ne sont plus contents du résultat les dirigeants, faudrait quand même savoir ce qu’ils veulent.

Education, cultures alternatives, militarisation, pacte éthique, les mots virevoltent mais personne ne sait vraiment quoi faire pour endiguer le phénomène. La zone échappe complètement au contrôle de l’état, elle est devenue le repère de ceux qu’on appellent ici les narco-terroristes, anciens de Sendero Luminoso reconvertis dans le trafic juteux de drogue avec un vague idéal marxiste pour couverture. La région est sous leur contrôle, mafias colombiennes y mexicaines y font leur marché, on hésite à déplier l’armée pour ne pas réveiller les démons des années 80 et le spectre d’une radicalisation de la violence "à la mexicaine" terrifie tout le monde. Le mot conflit est tabou, pourtant plus de 50 militaires et policiers y sont morts en un an et un hélicoptère y a été abattu ces derniers jours.

Bien sûr le Pérou n’est pas la Colombie et la chronique de Lima n’a rien à voir avec celle de Ciudad Juarez ; comme toujours, la capitale est bien loin de tout ça mais il n’en reste pas moins que le VRAE a fait accéder le Pérou à la notoriété internationale et pour une fois, personne n’en est fier.

Heureusement la semaine dernière une nouvelle victoire est venue redorer le blason du pays : le Pérou est en tête du classement mondial pour la falsification des dollars américains.

dimanche 6 septembre 2009

Le Major

Un an que j’ai commencé ce blog, et l’idée, c’est le Major qui me l’a donnée. La première fois que j’ai rencontré le Major nous étions à l’ombre de grands pins dans le parc d’une villa romaine. La ville éternelle s’étendait autour de nous, la coupole de Saint Pierre resplendissait derrière la haie mais insouciant de ce cadre pourtant si vénérable un de nos futurs collègues débitait des blagues salaces en rafale, la bouche pleine de petits fours. Entre l’écoute d’une blague et l’autre nous allions découvrir que nous étions tous deux originaire de la même région reculée de France. L’Ardèche est ainsi faite que fatalement il connaissait l’un de mes cousins et je connaissais certains de ses anciens camarades de classe.
Pourtant au fil des mois ce ne fut pas cette origine commune et qui nous avait conduits si loin qui nous rapprocha, plutôt une même approche tout à la fois désinvolte et consciencieuse de notre mission professionnelle - conception dont nous allions très vite découvrir qu’elle était partagée en commun avec deux autres collègues GéoBoun et aKa - un goût prononcé pour le football (je parle des matchs, non du sport), partagé en commun avec les mêmes et une passion pour la vie errante. A l’heure où je vous parle j’aurais d’ailleurs bien du mal à vous dire où il se trouve. Suivre ses déplacements sur la carte du monde revient à faire une longue liste de villes prestigieuses, un peu comme font les marques de luxe : Rome, Dublin, Séville, Le Cheylard, Los Angeles, Varsovie …
Depuis les buffets continuent de se succéder à l’ombre des grands pins mais seul aKa en profite encore. Dernièrement le Major a repris ses valises, ça n’a pas l’air de l’inquiéter, où qu’il aille, pourvu qu’il y ait un pub avec écran géant et Madame Red à ses côtés, cela lui suffit pour sourire comme un enfant,même si parfois, suivant les résultats d'un match, il peut aussi être très en colère. Jusqu’à la pinte successive.

dimanche 30 août 2009

Salade de fruits

Depuis notre arrivée à Lima un certain nombre de fruits et légumes jusqu’ici inconnus ou exotiques sont devenus des incontournables de nos repas. Chaque matin je mesure le chemin parcouru quand je discute comme un maraîcher avec ma marchande de fruits favorite. Nous avons tous développé des dépendances plus ou moins sérieuses et faire le réapprovisionnement quotidien revient à ne rien oublier des préférences de chacun. Dans mon cas le problème se situe au niveau de la palta (soit l’avocat). Au début ça a commencé par un de temps en temps, puis je suis vite passé à un par jour, actuellement cette dose me suffit à peine et de plus en plus souvent il m’en faut 2 par déjeuner pour être satisfait. Malheur à moi si j’oublie une chirimoya (soit l’anone) car La Reine ne me le pardonnerait pas. Il s’agit d’un fruit dont la description n’est pas aisée, mais dont la découverte ne laisse personne indifférent. La définition la plus juste revient sans doute à une copine, Laurence : « c’est le fruit qui ressemble le plus à un bonbon ». Principessa, elle, carbure au platano (soit la banane). Rien à voir avec celles qu’on peut manger en Europe, il en existe ici pour tous les goûts, petites, grandes, vertes… et Principessa se plaît à toutes les essayer. Quant à Ze King, il a un penchant avéré pour la granadilla (soit la granadilla), sorte de fruit de la passion qui se présente comme une boule de Noël orangée et qu’il faut décortiquer pour croquer les pépins pleins de saveur, ce qui satisfait pleinement son plaisir animal à manger avec les mains et sans égard pour les règles élémentaires de la table.



Bien sûr il y a aussi ceux qui mettent tout le monde d’accord, le mango (soit la mangue) et la piña (soit l’ananas) rentrent dans cette catégorie, tout comme la maracuyá (soit la maracuya) qui sert à préparer les meilleurs jus de fruits du monde. Et puis il y a aussi les mal-aimés, on y a mis de la bonne volonté mais rien à faire avec la papaya (soit la papaye).



A l’occasion de notre séjour européen pour Noël, Ze King était tout heureux de détailler, sous l’œil médusé des clients qui semblaient s’interroger sur l’identité de cet enfant, le pauvre panier de fruits exotiques exposé pour les fêtes au rayon fruits et légumes du Auchan familial. J’ai eu un peu de mal a lui expliquer que les tarifs n’étaient pas tout à fait les mêmes et je n’ai pas voulu lui rappeler qu’un jour il n’y aurait plus de mango ni de granadilla pour le repas.




mercredi 19 août 2009

L'ivresse des cimes

Le sang tape dans mes tempes, de vagues nausées tournoient dans mon estomac, chaque pas coûte un essoufflement asphyxiant et mon cœur semble prêt à exploser, nul répit cette nuit, je sais déjà que je ne trouverai pas le sommeil, c’est toujours comme ça que ça se passe pour moi quand j’arrive brusquement en altitude, soit au-dessus de 3.500 mètres. La Reine fait la même tête que moi en descendant de la voiture qui semble être devenue l’instant d’un trajet un avion : passage du niveau de la mer à 4.200 mètres d’altitude en 2 heures de route, on risquait pas d’encaisser de G vu le pourcentage de la pente mais un bataillon de globules rouges en renfort ne serait pas de trop pour faire à nouveau circuler l’oxygène à suffisance. Heureusement les enfants s’adaptent plus vite paraît-il, en tous cas cette fois-ci ils n’ont pas vomi, c’est bon signe. Après 7 heures de voiture Ze King entreprend de se défouler par quelques courses vite interrompues, le malheureux s’assoie hoquetant, les jambes coupées nettes, consterné par son incapacité à gambader. On a beau avoir lu Frison-Roche, tant qu’on en a pas fait l’expérience une fois on n’a guère idée de ce que peut signifier cette sensation désagréable qui s’atténue en général après un jour, lorsque l’organisme est acclimaté. Les employés de l’hôtel blablatent en quechua et doivent doucement rigoler devant ce gringo qui fait trois fois leur taille mais qui tient à peine debout et résulte incapable de porter son sac de voyage. Quelques litres de mate de coca plus tard on a retrouvé des couleurs et on peut finalement lever les yeux sur le paysage autour de Huaraz: la Cordillère blanche, le massif montagneux austral le plus élevé, s’enflamme sous les couleurs du coucher de soleil, de quoi couper le souffle si jamais on en avait encore en réserve. Les cimes miroitent là-haut entre 6.000 et 7.000 mètres d’altitude et je repense à mes vacances d’enfance dans les Alpes, lorsqu’une randonnée à 3.000 constituait le clou du séjour.





Passés les malaises initiaux, il suffit par contre de quelques jours à ces hauteurs pour se sentir fin prêt à battre le record de l’heure, on déborde d’énergie même si la moindre petite balade fait tout de suite prendre la mesure de ses limites physiques. Une fois acclimatés, on se décide pour un pique-nique en solitaire et sans oxygène à 4.600 mètres, en face d’un glacier comme on en voit d’habitude sur les cartes postales. Notre carro nous conduit avec peine jusqu’à un sentier qu’il faut parcourir pour mériter le luxe de la vue sur le glacier, il crache, fume, hoquète autant que nous pour les derniers mètres d’ascension. Là-haut quelques Belges traînent à la recherche d’un hypothétique refuge pour passer la nuit, on leur propose de les raccompagner mais ils déclinent l’offre, préférant sans doute dormir à l’abri d’une roche par des températures polaires, c’est vrai que la montagne est belle, mais il y a des limites je trouve. Soudain un bruit attire notre attention, un moteur semble se rapprocher et nous voyons apparaître au détour d’un virage un combi, on se croirait l’espace d’un instant dans les rues de Lima, sauf que nous sommes sur une route de montagne escarpée, loin de tout ce qui ressemble à une ville…Il se rapproche, à l’intérieur des campesinos au visage impassible, en route pour je ne sais où. Il passe devant nous, je remarque les pneus lisses; le chargement cubiste brinquebale sur le toit pendant que le moteur patine un peu à la sortie du virage mais il continue sa route, sautillant sur les cailloux. Je demande à un gardien de la Réserve naturelle qui assiste sans broncher à la scène où se rend ce véhicule, « par-là » m’indique-t-il en désignant vaguement de la main des cimes enneigées qui émergent à travers de sombres nuages. Devant mon étonnement il précise qu’il y a un col à 5.000 qui permet de descendre sur l’autre vallée. Ou vers la mort je me surprends à penser, car il ne passe pas un jour ici sans qu’un transport en commun ne finisse au fond d’un précipice tuant une dizaine de passagers à chaque fois.





Celui-là est bien arrivé, j’ai vérifié le lendemain dans le journal, c’est notre carro en revanche, normalement taillé pour ce genre de trajets, qui nous a laissés en rade sur la route du retour à Lima. Par chance, on se trouvait à une dizaine de kilomètres d’un pueblo où on a pu faire une réparation de fortune, mais il a fallu rouler doucement, et même les combis nous doublaient et filaient sans problème vers les cols...


mardi 4 août 2009

Vacaciones

Vacances. C'est la mode du moment. Tout le monde en prend, alors ce n'est pas parce que je ne travaille pas que je devrais me priver pour autant, non?

mercredi 15 juillet 2009

Despedida

Soirée d'adieux. En ce moment elles se succèdent à un rythme effrené, semaine après semaine on regarde partir nos meilleurs amis, leurs avions disparaissent dans la brume de Lima et nous restons longtemps à regarder le ciel et à contempler la désertification sociale qui prend une ampleur inquiétante autour de nous. D'autres arriveront, sont déjà là, de nouvelles connaissances, des histoires différentes, des numéros de téléphone encore.

Un an seulement et nous sommes des vieux de la vieille ici, on nous appelle pour des tuyaux sur un mécanicien ou un conseil sur des hôtels à Cusco. Ce qu'on faisait nous-mêmes il y a seulement quelques mois. Puis d'un coup on se retrouve de l'autre côté de la barrière, chez ceux qui savent. On se rend compte avec La Reine qu'au fil des déménagements on a mis en place un protocole d'installation de plus en plus complet et de plus en plus rapide. Il nous suffit de quelques mois pour maîtriser une base de données essentielle à la survie d'une famille en contexte hostile (médecins, garage, banque, technicien pour la machine à laver...). Tout un précieux bagage qui disparaît à la transhumance successive et qu'il faut patiemment reconstruire. Ce qui attend nos amis dans leurs prochaines destinations et finira fatalement par nous arriver. Personne ne se plaint, au contraire je crois même qu'au fond, tous ceux qui ont choisi cette vie-là carburent à ça, à l'ivresse du changement.

Alors on est content pour eux, voire même un peu jaloux, comme des enfants qui assistent à l'anniversaire de leur meilleur copain. La vie les emporte vers Genève, Grenoble ou Sarajevo, des destinations exotiques après plusieurs années d'errance au quatre coins du monde. La vie les emporte, et avec eux l'intimité de nos relations. A moins d'un hasard improbable, nous ne vivrons sans doute jamais plus à proximité, les enfants grandiront et un jour on leur racontera des souvenirs dont nous serons les seuls à nous rappeler. Ici on dit: "c'est la vie!".

samedi 11 juillet 2009

Mil seiscientos veinte y dos

Mille six cent vingt-deux. C'est la place occupée par Principessa dans les statistiques sur la diffusion de la grippe A H1N1 au Pérou.
Et dire que quand on est papa, on rêve toujours que ses enfants soient les premiers.

samedi 4 juillet 2009

Doce


Douze. Prononcer "daussé", entre douces et passées, comme les années avec La Reine.

lundi 29 juin 2009

Jonas Brothers


Qui sont-ils? Un groupe musical composé d'un trio de frères américains illuminés par la grâce évangeliste. Que font-ils? Une musique insipide, inodore, incolore qui rend hystériques les jeunes filles de tous horizons. Où sont-ils? A l'hôtel Marriott, juste derrière chez moi.

Jusqu'à il y a quelques jours je vivais heureux sans suspecter l'entrée fracassante de ces gentils garçons dans ma vie. Et puis un beau matin nous avons été réveillés avec La Reine par des hurlements et des acclamations. Nous nous sommes interrogés : une classe en sortie scolaire? Pour voir la mer? Difficile à imaginer...La célébration d'un anniversaire? Les Péruviens en raffolent, mais à 7.00 du matin difficile à imaginer...Une manifestation? Probable par les temps qui courent mais difficilement imaginable dans notre quartier-vitrine de Lima. Tout simplement les Jonas Brothers débarqués dans la nuit au Marriott et acclamés par des dizaines de fans dès l'aube. Tout ça je ne l'ai compris que plus tard dans la matinée, quand les groupies étaient devenues tellement nombreuses qu'elles gênaient la circulation et les hurlements avaient pris une telle intensité qu'ils donnaient l'impression de vivre en permanence sur les tribunes d'un stade. Je me suis risqué dans la rue jusqu'au premier policier pour éclaircir ce mystère. Celui-ci m'a bafouillé un nom que je lui ai fait répété 3 fois avant de céder devant son regard incrédule dans lequel se lisait tout son mépris pour le pauvre arriéré que j'étais. Je m'en allais penaud sous le poids de mon ignorance lorsque par chance j'aperçus une voiture décorée à l'effigie des 3 frères dont je pus enfin découvrir l'identité et les visages angéliques.

A ce moment de ma découverte je ne me doutais pas que cela ne faisait que commencer. Pendant 3 jours des jeunes filles pré-pubères assiégèrent l'hôtel. En effet, les 3 garçons en question n'ont rien trouvé de mieux pour faire parler d'eux que de se faire passer pour des saints: ils ne boivent pas, ne fument pas et ne baisent pas en témoignage de leur foi d'illuminés, ce qui a aussi le mérite publicitaire de bien plaire aux jeunes filles. Par contre ils emmerdent beaucoup tous les voisins des hôtels où ils résident et ça je ne sais pas si le bon Dieu est prêt à le leur pardonner.

Nous avons vu passer Georges Bush, l'équipe d'Argentine et Miguel Bosé, mais jamais cela n'avait entraîné des débordements et des scénes d'hystérie collectives telles que celles qui se sont déroulées pour eux. Les filles étaient là dès les premières heures du jour, entonant des coeurs sirupeux et scandant leur nom à longueur de journée. La sortie d'un quelconque client de l'hôtel (dans la mesure où ce statut est possible au Marriott) donnait lieu à des poussées hystériques pouvant atteindre des aigus étonnants. Pour des raisons indéterminées et à un rythme régulier des courses folles se déclenchaient autour de l'hôtel, tout le monde se bousculait, traversait l'avenue qui sépare l'hôtel de la mer au risque de se faire renverser pour constater qu'il n'y avait rien d'autre à voir qu'une employée terrorisée qui finissait son service sous les hourras, alors de frustration ils entamaient un petit refrain puis quelques instants plus tard la même scène recommançait à un autre angle de l'hôtel.

Au début tout cela m'amusait. Les jours suivants un peu moins, et quand au matin du troisième jour les frères Jonas s'en sont repartis, j'étais tout seul à ma fenêtre pour leur souhaiter de rencontrer une grosse baleine sur leur trajet.

samedi 20 juin 2009

Caballero

Monsieur. Ça me prend toujours au dépourvu, et lorsque c'est une jeune fille qui m'interpelle de la sorte, j'ai toutes les peines du monde à empêcher mon cheval de ruer pour courir vers l'aventure au galop.

mardi 16 juin 2009

Indiana Jones et le mystère des Lignes Mystérieuses

Même si je ne vais plus guère au cinéma pour les raisons expliquées précedemment, il m'est arrivé à l'occasion de ma première sortie en ces lieux à Lima d'assister à la projection de la bande-annonce du dernier Indiana Jones. On y voyait un avion survolant dans une lumière orangée et sur une musique épique les mystérieuses lignes de Nazca. C'était superbe, le National geographic n'aurait pas fait mieux. Dans un coin de ma tête, je m'étais alors dit, moi aussi je peux faire ça Indiana Jones. Eh bien voilà, maintenant je l'ai fait, et je peux vous dire que ça ne ressemble pas tellement à un film de Spielberg.
Tout d'abord il faut y aller à Nazca. En soi ce n'est pas très compliqué, il suffit de prendre la seule route en direction du sud, à travers le désert, la Panamericana sud. Comme c'est la seule route justement, on est pas les seuls à y circuler et étant donné que le Pérou a le triste record du nombre de morts sur les routes en Amérique du sud, autant dire qu'on conduit un peu tendu entre les camions en direction du Chili ou de l'Equateur et dont les chauffeurs ont dû dormir quelques heures la semaine précédente. Ainsi il peut arriver de croiser un semi-remorque en équilibre sur le bord d'une falaise après un virage raté ou d'assister au vol plané d'une moto suite à l'arrêt intempestif d'un taxi collectif, autant d'événements qui brisent la monotonie du voyage. Sur les bas-côtés de petits autels à la mémoire des victimes rythment le trajet, un peu à la manière des bornes kilométriques en Europe. Parfois ces constructions sont regroupées en petites communautés et rappellent étrangement le village des Schtroumpfs, on se dit alors que quelque part certains doivent toujours attendre l'arrivée des leurs et d'un autobus. Les kilomètres et les tombes se succèdent, derrière nous les morts hantent le désert de leur destin brisé, dans la solitude sidérale des lignes droites infinies qui rendent encore plus absurdes l'idée même d'accident.

Finalement après 6 heures de route on arrive à Nazca. Rencontrer un bar ouvert sur la lune produirait sans doute la même impression. Les paysages traversés jusque là ont lentement annihilés l'idée de civilisation, certes les quelques villages poussiéreux autour de rios asséchés traversés les heures précédentes et dignes des meilleurs westerns maintenaient l'illusion, mais on est tout étonné de retrouver l'agitation caractéristique et pétaradante des villes péruviennes.
L'attraction de la ville c'est bien sûr les lignes tracées dans le désert par les Nazca, une étrange peuplade pré-inca qui avait la mauvaise habitude d'utiliser comme porte-clés les têtes momifiées des ses ennemis. Ces lignes qui résistent au temps et dont personne n'a pu percer le secret, même pas Indiana Jones, font converger en ce lieu perdu Américains déguenillés et Japonais masqués. Ceux-ci rôdent par la ville et sont la proie d'énergumènes, sortes de Looping échappés de L'Agence Tous Risques à la solde de compagnies aériennes aux noms improbables, car ces fameuses lignes, il n'y a que du ciel qu'on peut les admirer. Toute la question qui agite donc l'Internationale des touristes est de savoir dans quel avion monter. Le choix a son importance vu que dans l'année écoulée un avion transportant des touristes français s'est écrasé et un autre a fait un atterrissage miraculeux en catastrophe. En outre, le contexte du crash de l'airbus d'Air France ne facilite pas la décision.
Finalement nous nous décidons avec La Reine pour tenter le coup auprès d'une compagnie recommandée comme ayant les meilleures garanties. Les arguments de vente sont en effet des plus convaincants: nous ne mélangeons pas notre essence et nous venons vous chercher à votre hôtel. Heureusement Ze King n'a pas l'intention de faire l'expérience et j'échappe à une discussion compliquée: les dessins des lignes sont partout dans la ville, et on les voit très bien de là où il est, pourquoi donc se compliquer la vie tranche-t-il avec sagesse pour masquer son peu d'enthousiasme à monter dans ces coucous dont il nous entend discuter les mérites depuis un moment.
Le lendemain on vient effectivement nous chercher à l'hôtel alors que nous finissons de dévorer un copieux petit-déjeuner au mépris des conseils qui recommandent de ne rien manger pour éviter d'être malade car l''avion bascule sans cesse de droite à gauche pour faire voir les lignes à l'ensemble des passagers. Direction l'aérodrome. Un film est prévu pour mettre dans l'ambiance mystique, les couleurs éculées de la vidéo n'ont rien à envier à la bande-annonce d'Indiana Jones. Mais je n'ai pas le temps de voir la fin, on m'appelle, c'est mon tour. Je jette un dernier regard sur La Reine et les enfants et je me dirige vers la piste comme si j'allais sauter sur Dien Bien Phu dans les heures qui suivent. Du coté de l'aérodrome on se retrouve soudain plongé dans l'ambiance des Têtes brûlées: agitation des mécanos et vombrissements incessants qui empêchent de parler. Pappy Boyington m'attend souriant derrière son cockpit, juste le temps de m'apercevoir que je suis entouré de Français et je me retrouve avec un casque sur les oreilles dont j'ignore toujours à l'heure qu'il est l'utilité puisque le pilote communique avec des signes qui me semblent totalement déplacés, rappelant ceux des plongeurs sous-marins.
Soudain c'est magique, les lignes sont là, dessous, certaines, comme tirées à la règle taillent le désert et se perdent à l'horizon, d'autres dessinent des figures émouvantes: un singe, des mains, une baleine... L'avion bascule à droite, puis à gauche, puis à droite, je me dis qu'avec un peu de lumière orange et une musique épique ça aurait sûrement une autre gueule mais je suis heureux quand même, un dernier virage à gauche, c'est tellement beau que je manque de vomir. Un épisode sans doute coupé au montage dans Indiana Jones.

vendredi 29 mai 2009

Il pleut sur Lima

Il pleut sur Lima
la grisaille pèse sur la ville
Il pleut sur Lima
une vague crache son écume
Il pleut sur Lima
quelqu’un vaporise depuis là-haut
dans la Sierra
Il pleut sur Lima
et le nom scientifique est
garúa

De la buée brillante
sur les trottoirs
comme un parquet bien ciré
Une fumée transparente
de la cendre mouvante
une constellation sur les vitres

Des gouttes ?
Dans le nez de Principessa, enrhumée
Des gouttes ?
De Pisco Sour sur une table mal réveillée
Des gouttes ?

Il ne pleut jamais
sur Lima

vendredi 22 mai 2009

Polvos azules

La première fois que j'ai entendu ce nom si poétique, Poussières bleues, j'ai eu du mal à l'associer à la réalité qu'il était censé représenter d'après les propos de mon interlocuteur, un chauffeur de taxi enthousiaste. Le lieu, autant que l'image, m'ont longtemps fasciné avant que, familiarisé un peu avec Lima, je décide de m'y rendre. Pour cela il faut emprunter la Via expressa, une sorte d'autoroute située dans un fossé qui taille la ville en deux, dictant la dénomination est ou ouest aux grandes artères selon qu'elles se trouvent à droite ou à gauche du lit de ce flot continuel de véhicules.
Polvos azules se trouve à la fin de la Via expressa, en arrivant dans le centre, à la limite des zones définies fréquentables, quelques rues derrière commence La Victoria, un quartier où contrairement à son nom, on peut tout perdre très vite. De bleu, la couleur de l'édifice, un grand bloc à mi-chemin entre le centre commercial et le parking souterrain; de la poussière il y en aussi, sous forme de suie déposée par la pollution; de féérique à l'image du nom, rien. Ici ce n'est plus la vie artificielle des beaux quartiers, les odeurs de nourriture cuisinées dans la rue sont insistantes, le bruit de la circulation assourdissant, la saleté est bien perceptible et moi aussi au milieu de cette population où le blanc fait tache.
Il faut d'abord s'enfoncer dans le dédale de galleries débordant de vêtements et chaussures pour arriver à ce que l'on cherche au sous-sol et qui fait la réputation du lieu. Polvos azules est en effet le plus grand marché bleu du film pirate en Amérique du sud. Des dizaines de stands se succèdent sur fond d'extraits de films, de bandes-annonces, de musiques crachés à plein volume pour créer une cacophonie filmographique. On trouve tout à Polvos azules dit la légende, et c'est assez proche de la réalité, la plupart des stands proposent des catalogues très professionnels: nouveautés, blockbuster, dessins animés... d'autres sont spécialisés: classiques, séries, X, jeux vidéos...Une petite société gravite autour de cette activité illégale, certaines allées sont consacrées aux éditeurs de jaquettes, d'autres aux revendeurs de DVD vierges, mais pour acheter des boitiers il faut changer de stands.
Quand on est là, il n'y a qu'à faire son marché, la qualité est généralement très bonne et garantie sur remboursement si vous êtes capable de retrouver le stand où vous avez fait vos achats. Ayant épuisé notre dernière cargaison nous y avons fait un tour ce matin avec La reine. On se laisse vite déborder, entre tous les films qu'on a ratés pour une raison ou une autre au cinéma, le désir de La Reine de revoir des Fellini, l'envie subite de me faire à nouveau la première saison des Soprano, quelques films pour les enfants, et ça on l'a jamais vu...bref on est ressorti avec 48 films. Pour 40 euros, le prix de deux en Europe, et encore, en promotion. Bien sûr tout cela pose un tas de questions éthiques, culturelles, économiques mais une chose est sûre, à ce prix là, le Pérou n'est pas prêt d'avoir une loi Hadopi. Non croyez-moi, le vrai problème c'est plutot de trouver le temps de tout voir.

vendredi 8 mai 2009

Petite géographie portative

Je suis souvent désorienté par ce pays où la Côte d'Azur se trouve à l'extrême nord, où les éternels ennemis de cent ans et plus vivent au sud, où quand on parle de fôret on entend tropicale, où la plage est un désert - un vrai et au sens propre, où les routes de montagnes passent par des cols bien plus hauts que le Mont Blanc, où le patois est du quechua, où les chèvres sont des lamas, où la capitale est bordée par un océan qu'on ne voit pas pendant la moitié de l'année, où le long de la côte la pluie ne tombe jamais droit mais stagne horizontale, où nous continuons à vivre après un an comme des explorateurs.